La ressemblance de la Santa Muerte mexicaine et du San la Muerte argentin est frappante. D’un bout à l’autre du continent américain la mort a été personnifiée dans un mélange de symboles chrétiens, amérindiens et ésotériques.
Dans le cadre du programme Atlas (CEMCA-FMSH), j’ai pu réaliser un séjour de recherche postdoctorale de deux mois au Mexique pour enquêter sur le culte de la Santa Muerte.
Comme celle de San la Muerte en Argentine, la dévotion à la Santa Muerte connait depuis le début du 21e siècle une visibilité croissante en même temps qu’une forte stigmatisation puisqu’elle est souvent réduite à ses liens avec le narcotrafic, la délinquance, la marginalité et la violence. Si ces liens sont réels, ils demeurent minoritaires et surestimés par l’Église catholique, les médias et les détracteurs de ces dévotions.
La majorité des fidèles de ces saints non reconnus par l’Église ne sont pas liés à des pratiques de délinquance mais font en revanche l’expérience commune d’un contexte socio-économique de crise et d’incertitude et font face à la nécessité de s’adapter à des situations de précarité et d’injustice.
Jugée blasphématoire par les autorités ecclésiastiques, la dévotion à la Santa Muerte attire des populations qui se revendiquent catholiques, mais qui ne trouvent pas leur place, ou qu’à moitié, dans les espaces et les rituels officiels du catholicisme, et ne trouvent plus d’efficacité dans les intercesseurs traditionnels.





Les origines de la dévotion à la Santa Muerte demeurent énigmatiques, sans doute parce qu’elles sont multiples et hétérogènes : cette figure controversée semble tirer ses origines aussi bien de l’iconographie européenne de la mort que des conceptions préhispaniques.
Le caractère moderne et contemporain du culte n’est pas contradictoire avec le fait qu’il soit aussi non pas une survivance – c’est-à-dire quelque chose qui subsiste d’un état ancien et disparu-, mais une résurgence, – une réapparition de quelque chose de souterrain. Si quelques recherches ont été faites pour faire un peu de lumière sur les origines de cette dévotion, la documentation réunie demeure lacunaire.
D’après les recherches menées par l’anthropologue Katia Perdigón Castañeda sur les origines de la dévotion à la Santa Muerte, celle-ci remonte à la fin du 18e siècle et correspond, comme pour le cas de San Pascualito à une réappropriation par les indigènes des images du Triomphe de la Mort et à une conversion au culte du concept chrétien de la « bonne mort » sur lesquels s’était concentré le travail d’évangélisation. Maintenue souterraine jusqu’au 20e siècle, la dévotion a été revitalisée dans les années 1950 et se caractérise aujourd’hui par un bricolage d’idées et de syncrétisme qui n’a plus grand chose à voir avec le culte indigène de l’époque coloniale.
Sur les traces de ces hypothèses de l’origine coloniale de cette dévotion à la Mort, mon itinéraire m’a mené à Santo Domingo Yanhuitlan, dans l’état d’Oaxaca. L’ancien couvent y abrite une image de la Santa Muerte, une des plus anciennes de ses multiples variations, datant du 18e siècle et qui faisait, jusqu’à ce qu’elle soit récemment mise sous cloche dans le musée du couvent, l’objet d’un important culte local.
